PONT VERS LES AMERIQUES

par Laurent Chiffoleau

 L'artiste plasticien Laurent Chiffoleau est né en France avant de passer son enfance en Argentine, où il obtiendra son diplôme à l'Ecole Supérieure d'Art de Catamarca. Curateur, commissaire d'exposition et acteur culturel bordelais, il œuvre désormais pour la diffusion des arts sud-américains, dans un état d'esprit d'échange et d'enrichissement propices à l'émancipation culturelle des territoires qu'il explore. Dans le cadre de son projet international Pont vers les Amériquesl'artiste voyageur crée des œuvres où politique et poésie se mêlent,  conduisant les populations rurales à une réflexion sur leur propre aliénation identitaire.

 Par sa démarche et sa plasticité, Laurent Chiffoleau incarne l'essence même du projet Fluxus Organico, dès 2014 et son exposition événement Patagonia, présentée au Musée d'Aquitaine. Depuis, il travaille à diffuser un message, à l'image du Patalapin, figure iconique du projet des deux artistes français.

 

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général

Patagonia, Musée d'Aquitaine - Crédit photo Maurine Dos Santos

/ nicaraguA

Installation vidéos - Triptyque, exploration du Lac Cocibolca (env. 1’)

Laurent Chiffoleau, 2018 - Nicaragua

 

 Mise en images de la séparation des territoires, la division des populations, par une vision d’un colonialisme moderne et économique : l’investissement d’entreprises privées chinoises au Nicaragua afin de creuser l’historique projet du canal interocéanique.  Le Niacaragua fut au terme du XIXe siècle l’un des pays les plus riches et prospères d’Amérique du Sud. Le projet lancé il y a un siècle, analysé comme une concurrence réaliste au projet du canal du Panama, a entraîné un débarquement et une ingérence violente par les U.S.A durant plusieurs décennies, ruinant sauvagement cette nation désormais divisée politiquement, d’ouest en est, du Pacifique aux Caraïbes. Le canal s’il devait être construit, en plus du risque majeur de pollution du lac d’eau douce Cocibolca, serait la matérialisation d’une nouvelle frontière physique, entre le nord et le sud.  Dans cette œuvre, la diffusion de ces plans fixes donne une importance capitale au son, l’écoulement de l’eau, la manifestation des éléments naturels jusqu’à observer au loin le stratovolcan actif Concepcion, qui doit son nom à l’immaculée conception. La répétition de l'oeuvre pose une boucle temporelle, confrontant le spectateur face aux éléments et l'impossibilité d'atteindre l'île.

 

/ PATAGONIA

 Composée de peintures à la spatule, à l’encre de Chine, mais aussi des dessins et croquis réalisés par Laurent Chiffoleau sur sa route du sud du Chili à celui de l’Argentine, l’exposition s’illustre à la manière d’un “road-movie” :

 “ Les scènes défilent, celles d’un danseur gaucho, d’un taureau lâché, un indien près d’un arbre sacré, un pêcheur mapuche, une scène dans un bar, une prostituée... L’artiste raconte : des choses vues, croquées sur le vif et transplantées, se profilent en un récit éclaté, elliptique, en une marqueterie romanesque : le vivant, le vivace, rien de la déposition émiettée et froide de la vie, c’est un "présent qui rayonne" selon Gilbert Lascault. Des figures sans leur environnement propre, sans ancrage terrestre, flottant en apesanteur, en apparente dissidence sociale, comme si le monde s’était retiré d’elles. Et pourtant, ces silhouettes entraperçues, anonymes, respirent les faits et les gestes du quotidien : une humanité en mouvement. Dans ces instants fugaces se concentrent l’ici, l’immédiat, les travaux et les jours, la solitude, l’attente, l’accueil, le partage, les souvenirs et les espérances. Accrochées sans cadre aux murs, dans un (dés)ordre qui ne tient pas compte des rapports d’échelle, subtiles spéculations spatiales, ces figures sont des promesses d’histoires.

 Ce rêve de l’Amérique latine et de ses routes mythiques, elles-mêmes frontières, lignes, traversant des paysages désertiques et quelques villes fantômes, nourrit également les toiles et fresques de l’artiste ; sa peinture est un acte de mobilité, une écriture qui se situe dans l’espace. ” - Christine Bourel

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les éphémérides

spatiales

 En référence aux éphémérides nautiques, mais aussi astronomiques, les artistes proposent à travers ce projet une série de "citations" de leurs propres œuvres, qui tels des pop-up apparaissent et viennent étendre la portée conceptuelle de leur vision de Fluxus Organico, dans l'espace et dans le temps. Les éphémérides nautiques sont éditées pour la première fois en 1679 sous le titre La Connaissance des Temps ou calendrier et éphémérides du lever & coucher du Soleil, de la Lune & des autres planètes. Elles sont principalement la représentation d'un mouvement.

 Réalisée en 2014 lors des résidences de l'artiste pour Patagonia, l'œuvre exposée au Musée d'Aquitaine se décline ici en intervention urbaine, dans le port abandonné de San Antonio Oeste.

/PATALAPIN

COLOMBIE

FRANCE

ARGENTINE

 Comment donner vie à un concept ? Comment la matière plastique peut-elle seulement incarner l'idée derrière l'artiste, au-delà de la zone de confort de ce dernier ; au-delà de l'espace d'exposition, faisant corps avec l'espace naturel et social ? Laurent Chiffoleau a fait le choix de quitter la toile et le musée pour " faire sens " : le Patalapin, d'abord figure spirituelle de la mythologie gaucho, est devenu le symbole de Fluxus Organico. L'animal a lui-même quitté ses terres, celles de la Patagonie, affranchi de ses appartenances culturelles, afin d'affronter le monde et d'illustrer ces flux qui l'ordonnent, ou le désordonnent. L'image du lièvre des légendes patagones, telle une publicité ou une marque, se voit être diffusée par la seule volonté de l'artiste ; dans la rue à Carthagène des Indes (Colombie), dans une gare de Coronel Suarez et aux abords de l'usine en friche Ferrowhite du port de Bahia Blanca (Argentine), jusqu'à apparaître sur les hangars de Dunkerque et les murs de Bordeaux (France).

 Par ses actions extérieures, à la frontière entre le " muralisme " et le happening, le plasticien élabore et précise sa vision organique de ces mouvements mondiaux, la vie fluide et ses histoires, ses mythes et croyances qui se diffusent et se diluent, dessinant les cultures métissées de ces vastes territoires aujourd'hui parsemés des " pièges " du Patalapin.

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LES MONDES VIRTUELS NE SONT PAS L'INCARNATION DU RÉEL,

ILS SONT NOS

PARADIS ARTIFICIELS.

 Des beaux-arts aux arts urbains, de la rue aux arts numériques : Laurent Chiffoleau s'est révélé ces dernières années en tant qu'artiste pluridisciplinaire, ce qui n'est pas un hasard pour celui qui, dès 1995, a développé son imaginaire par le biais de la réalisation de sculptures monumentales et narratives, auprès du maître Gregorio Rocca (Buenos Aires).

 Dans le cadre de Fluxus Organico, le plasticien a entremêlé ses mondes, ses dimensions, afin de matérialiser la vision parfois psychédélique de cette société sphérique composée de flux, de mouvements, qu'ils soient organiques ou matériels. L'œuvre ci-dessus se présente notamment sous la forme d'un panneau composé des coupes transversales de porte-conteneurs. Chaque point illustre l'un de ces contenants, composant différents quadrillages qui rappellent étrangement les classifications des chromosomes, aussi appelées " caryotype ". Par ses manipulations numériques, l'artiste détourne ses propres oeuvres plastiques afin de les faire passer d'un état à l'autre, du réel au virtuel, créant une série d'avatars qui évoluent dans cet infini paradis artificiel.

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les éphémérides

spatiales

 En 2015 et dans le cadre du Festival FACTS, Arts & Sciences, Laurent Chiffoleau a collaboré avec une équipe de scientifiques affiliée à l'Université de Bordeaux et le Neurocampus. L'artiste a ainsi réalisé une première série d'œuvres sur laquelle s'appuie l'ensemble de son travail numérique : 

 à partir d'images microscopiques de cellules organiques et de neurones, ils crée un voyage figuratif, sélectionnant les formes qui prennent ainsi vie comme un théâtre d'ombres et de lumières.

 L'œuvre Solitude Lumineuse (contre-collé dibond, 80 x 60 cm) fut exposée dans le cadre du festival ; en 2017, elle fit l'objet d'une réédition à l'occasion de l'exposition connexe Fluxus Luminencia avec Nicolas Coutable, à la Taverne Gutenberg (Lyon).

/ COLOMBIA

 Durant la première moitié de l'année 2017, l'artiste a exploré la Colombie dans l'objectif de créer une nouvelle route d'échanges culturels entre l'Amérique Centrale et la France. Il en est revenu riche de rencontres, de croquis, d'ébauches de peintures devenues des œuvres exposées lors du festival Impressions de Colombie, porté par la Mairie de Bordeaux et l'Institut Français.

 Colombia est la porte d'entrée qui permet au visiteur de découvrir " le pays le plus au nord de l'Amérique du Sud ", tel qu'il est apparu à l'artiste lors de ses premières investigations. Ces paysages offrent une route morcelée allant de Medellín à Carthagène des Indes, véritables points d'encrages à observer comme les décors d'un possible documentaire...

 

 Laurent Chiffoleau invite le regardeur à découvrir la Colombie à travers deux thématiques construites et abordées par autant de regards que d'émotions. Sa rencontre avec la population afro-colombienne, depuis le village de Palenque de San Basilio, nous est ici comptée. L'artiste se concentre sur la présentation d'un quotidien qui se heurte à celui de la très touristique " Carthagène des Indes ". Celle qui fut le principal " port négrier " d'Amérique du Sud, accès privilégié des conquistadors espagnols, révèle encore aujourd'hui les immenses disparités sociales dont souffre la population métissée. Son travail entreprend de révéler les nuances de couleurs, de cultures et d'histoires d'une Colombie brune laissée dans le rétroviseur d'une nation qui avance à vive allure, vers ses désirs de liberté et d'ouverture au monde. Là où la population blanche s'enrichit de jour en jour, les oubliés du quartier marginalisé de Nelson Mandela et les vendeurs ambulants des rues de Carthagène, témoignent de cette pauvreté permanente, sans échappatoire, terreau fertile d'un peuple en constante résistance.

 

les éphémérides

spatiales

 Dans le cadre du festival d'art contemporain bordelais WAC, Laurent Chiffoleau a réalisé cette installation sculpturale conceptuelle : inspirée de ses travaux en Amérique du Sud, au plus près des bidonvilles, l'œuvre est un reflet de son regard critique sur l'architecture occidentale contemporaine. 

 La forme en " escalier " sous-entend une forme d'ascension, de conquête et de pouvoir, au plus près des cieux ; elle est également l'interprétation de l'effet de mode de l'utilisation de matériaux dits  pauvres dans les constructions actuelles, étiquetés écologiques, telles que les palettes. Des matériaux de récupération détournés au quotidien par les habitants marginalisés des quartiers les plus démunis du tiers-monde.