INTRODUCTION

 Plus qu'aucune autre époque, le XXIe siècle apparaît comme étant l’étape charnière par laquelle artistes et scientifiques, de tous bords, se questionnent, interrogent passé et présent afin de dessiner l’avenir : la philosophie, le spiritisme, les sciences qu'elles soient humaines, sociales ou naturelles - biologie, géologie, physique quantique - chacun de ces domaines spécifiques pose un propos afin de répondre aux autres. Un dialogue s'instaure, intellectuel et pourtant plus que jamais populaire, démocratique, tant le moindre individu aujourd'hui semble pouvoir s’armer dans le but de s’exprimer.

 Fluxus Organico, par l’association des travaux plastiques, des rencontres et des recherches In Situ, ne déroge pas à cette nouvelle manière de voir le tissu artistique composé de ces acteurs sociaux et culturels contemporains. La rencontre entre Laurent Chiffoleau et Nicolas Coutable s’est inscrite dans cette optique simple : apporter un propos afin de participer au débat le plus important de notre ère, celui destiné à orienter les politiques de demain, à contribuer à une nouvelle manière de percevoir ce monde en péril et que nous avons, pendant trop longtemps, soumis à nos seuls desseins économiques et militaires.

 Cette rencontre fut celle de deux artistes, deux générations, deux plasticités, deux acteurs de leur territoire respectif, l'un œuvrant depuis Bordeaux, l'autre depuis Dunkerque : Fluxus Organico est à la croisée de deux territoires portuaires et industriels orientés vers les échanges maritimes, économiques et humains ; une histoire de flux s'est ainsi composée, à partir d'un même projet et l'exploration de l'Argentine, en 2015. La première étape d'un projet qui s'intéresse à ces mondes et ces routes qui se croisent et se transforment, à ces territoires qui grandissent ou dépérissent par la force des flux.

RÉSUMÉ 

 " Lorsque j'ai découvert son exposition Patagonia au Musée d'Aquitaine, la force du travail pictural de Laurent Chiffoleau m'est apparue comme une évidence, riche de la culture patagone, des mythes et légendes venus illustrer l'inconnu via les croyances ancestrales des peuples originels d'Amérique du Sud. Ses toiles réalisées avec finesse exprimaient cette vie en ébullition, spirituelle et menacée par l'autre monde : l'occident capitaliste, néo-libéral et avant-tout, destructeur de l'autre. Il s'agissait d'une vision de l'altérité, de la construction d'un territoire par l'annihilation de toute entité représentative de la différence.

 Depuis 5 années déjà, je parcourais les friches industrielles du nord de la France, cherchant à matérialiser cette économie source de destruction, sans imaginer la réalité éprouvée au fil des époques par ces populations du bout du monde. L'idée de liens, à travers les flux, comme ceux d'une marionnette connectée aux décisions d'une puissance au-dessus de tout, se dessinait alors peu à peu. L'interprétation d'une société vivante et organique, à l'image de cellules neuronales structurant un monde complexe fait d'échanges et d'informations (navires, marchandises, humains, cultures...)

 C'est en suivant cette réflexion commune, qu'entre 2015 et 2018, nous avons porté le projet Fluxus Organico. En parcourant les villes portuaires argentines tout d'abord, partant à la rencontre des artistes locaux, d'une résidence à l'autre, afin de travailler sur le terrain au plus près des territoires abandonnés ou transformés par ces flux mondiaux. En Colombie, nos recherches à Carthagène des Indes furent l'occasion de proposer un focus historique, relatant l'identité coloniale et métissée de la côte caraïbe, via ces siècles de déportations des peuples africains en Amérique du Sud ; s'inspirant de leurs croyances et légendes ; découvrant les actions artistiques des acteurs qui défendent cette culture afro-descendante. Enfin, lors de notre exploration du pays le plus pauvre d'Amérique Centrale, le Nicaragua, nous avons découvert une nation morcelée par ses multiples tribus indigènes, ruinée par les ingérences américaines depuis plus d'un siècle et dont le principal espoir, ces cent dernières années, réside en un projet de construction d'un canal interocéanique qui ne verra probablement jamais le jour. Ce projet est devenu la parfaite excuse du Gouvernement Ortega afin de vendre des terres à la Chine, tout en expropriant les paysans et entretenant une forme de déforestation naturelle ; un projet, mais surtout une menace écologique pour le lac d'eau douce Cocibolca, qui s'illustre enfin en tant que parfaite image de l'anthropocène. 

Nicolas Coutable

CHRONOLOGIE